22 septembre 2026 Constance Marechal-Dereu

Tribune d’Anne-Marie Idrac et d’Anne-Marie Jean : « Quand la ville et la logistique font enfin la paix »

21 septembre 2026 : Anne-Marie Idrac et Anne-Marie Jean, dans La Tribune, relèvent les progrès importants réalisés ces dernières années en matière de logistique urbaine.

Alors que les exécutifs communaux et intercommunaux sont tout juste formés, il faut amplifier les dynamiques déjà dessinées dans de nombreux territoires : montée en compétence des collectivités et renforcement du dialogue avec les acteurs économiques, pour dessiner le chemin d’une logistique performante et plus durable.

Les professionnels sont mobilisés pour déployer des chaînes d’approvisionnement toujours plus utiles et soucieuses de leurs impacts. Il est essentiel que les pouvoirs publics restent présents !

« La logistique urbaine n’est plus condamnée à être un casse-tête : elle peut devenir un projet collectif. Les progrès accomplis montrent que la transition est possible lorsque les règles sont construites avec ceux qui les appliquent. Il faut désormais consolider ce qui a été engagé : donner de la visibilité aux acteurs privés pour investir, sécuriser l’accompagnement, préserver le foncier, maintenir les outils. »

Article complet à lire ci-dessous, ou sur La Tribune :

Les exécutifs communaux et intercommunaux, tout juste formés, doivent s’atteler à la place de la logistique dans la ville. Or, en 2020, une tribune du Monde rappelait une vérité difficile : la livraison « gratuite » a un coût.

Pollution, bruit, congestion, conditions de travail parfois précaires : derrière la promesse du clic et de la rapidité, la ville paie une partie de la facture. Son auteur décrivait une logistique urbaine trop souvent subie et appelait à une prise de conscience collective. Ces alertes restent justes, mais elles ne disent plus toute l’histoire : depuis 2020, quelque chose a changé. Du camion électrique au vélo, les professionnels développent des solutions plus vertueuses, conciliant performance et responsabilité sociale et environnementale. La logistique urbaine sort peu à peu de l’angle mort : elle est de plus en plus reconnue comme une activité essentielle qui alimente nos villes, nos commerces, nos chantiers, nos hôpitaux, nos écoles et nos foyers. Sans elle, la ville s’arrête ; mal organisée, elle suffoque. Entre ces deux extrêmes, un chemin se dessine.

Des territoires qui ont osé se mettre en mouvement

La première avancée est humaine. Des élus ont accepté de se saisir d’un sujet qu’ils connaissaient mal. Des techniciens ont appris à dialoguer avec des transporteurs, des logisticiens, des commerçants, des artisans. Des chartes locales ont été coconstruites, non pour imposer des règles, mais pour trouver des compromis tenant compte de la réalité du terrain.

Ce travail de terrain, bien éloigné des allers-retours des législateurs sur les ZFE, ne fait pas la une des journaux. Il change pourtant la vie des territoires : ici un centre-ville retrouve de la fluidité, là un artisan gagne du temps sur ses tournées, ailleurs un chantier public est approvisionné par voie fluviale sans encombrer les rues. Ces progrès résultent d’une volonté collective de ne plus subir la logistique, mais de l’organiser avec ceux qui la font vivre. Ce souffle, soutenu utilement par le programme InTerLUD, ne doit pas retomber. L’objectif pour demain : que les territoires sachent dialoguer avec les acteurs économiques et faire de la logistique un projet commun.

Des entreprises qui ont trouvé des alliés

La deuxième avancée est organisationnelle. Des solutions ont été déployées dans les entreprises, parfois avec un coup de pouce des programmes publics. Pour un chef d’entreprise, les questions sont très pratiques : quel véhicule choisir ? Comment former ses équipes ? Où trouver un espace adapté ? Comment absorber le coût d’un changement d’organisation ? Un bon accompagnement ne consiste pas à demander aux entreprises de changer seules : il s’agit de leur donner un cadre, et si besoin des outils, pour diagnostiquer, expérimenter, former les salariés et sécuriser l’investissement.

Les résultats sont là : déplacements motorisés réduits, solutions de livraison mieux adaptées, véhicules électriques et vélos-cargos intégrés aux flottes, espaces mutualisés. Ces transformations améliorent la qualité de l’air, réduisent le bruit et renforcent l’attractivité des centres-villes.

Des outils qui facilitent la vie de tous

La troisième avancée concerne les outils. Le succès logistique des Jeux de Paris reposait sur un outil assurant une information claire et partagée sur les restrictions, les places de livraison et les conditions d’accès. Un outil conçu pour un événement exceptionnel peut inspirer les politiques ordinaires. De même, la digitalisation des arrêtés municipaux, le développement d’indicateurs et le partage des retours d’expérience peuvent réduire l’incertitude des professionnels et faciliter le pilotage des politiques publiques.

Ces outils sont essentiels, car l’harmonisation ne signifie pas l’uniformité. Chaque centre-ville a ses contraintes, mais les entreprises ont besoin de règles compréhensibles, prévisibles et compatibles d’un territoire à l’autre. Une succession de réglementations locales conçues sans dialogue peut fragiliser les modèles économiques et décourager l’investissement. La bonne politique structure l’action locale tout en construisant un socle national commun.

Une route devant nous

La quatrième avancée est peut-être la plus importante : les acteurs ont appris à travailler ensemble. Cette dynamique demeure toutefois fragile. Les transformations amorcées ne doivent pas être abandonnées au moment où elles commencent à produire leurs effets, sous peine de voir les collectivités perdre leur ingénierie, les entreprises différer leurs investissements et les outils collectifs ne plus être maintenus.

Notre rapport « Logistique urbaine durable », publié en février, propose précisément de franchir cette étape : poursuivre l’effort d’accompagnement entrepris et permettre in fine la structuration d’une gouvernance nationale de la logistique urbaine.

Une ville qui respire, une économie qui fonctionne

La logistique urbaine n’est plus condamnée à être un casse-tête : elle peut devenir un projet collectif. Les progrès accomplis depuis 2020 montrent que la transition est possible lorsque les règles sont construites avec ceux qui les appliquent. Il faut désormais consolider ce qui a été engagé : donner de la visibilité aux acteurs privés pour investir, sécuriser l’accompagnement, préserver le foncier, maintenir les outils.

La livraison n’est jamais gratuite, mais la transition ne peut reposer sur les seuls acteurs qui la mettent en œuvre. Si nous voulons des villes mieux approvisionnées, des commerces plus accessibles et des entreprises plus compétitives, il faut continuer à coconstruire la logistique urbaine: non contre ceux qui la font vivre, mais avec eux.

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