6 octobre 2026 Constance Marechal-Dereu

Etude TDIE : la logistique dans les élections municipales 2026

6 octobre 2026 : France logistique publie sa participation à la synthèse élaborée par le think tank TDIE sur la place de la logistique dans les programmes des élections municipales 2026.

Publiée par TDIE en septembre 2026, cette synthèse passe au crible les programmes de 155 listes candidates aux élections municipales et intercommunales de mars 2026, dans 25 territoires représentatifs du bloc communal. Deuxième édition d’une enquête lancée en 2020, elle vise à documenter la place des mobilités du quotidien dans le débat local, à distinguer les sujets de consensus de ceux qui divisent, et à éclairer les orientations des prochaines politiques de mobilité. La place de la voiture et la gratuité des transports collectifs redeviennent des marqueurs politiques forts, tandis que le vélo, les piétons, la sécurité et les Serm rassemblent largement. La logistique urbaine constitue bien souvent un angle mort des programmes des listes candidates.

Maxime Forest, Directeur général de France Logistique, y a rédigé un article consacré à la place de la logistique dans ces programmes, intégralement disponible ci-dessous.

Pour accéder à la synthèse complète de TDIE, cliquez ici.

Article de Maxime Forest :

Le constat s’impose : la logistique a occupé une place mineure dans la campagne pour les municipales. Mais pourquoi mériterait-elle plus de visibilité dans le débat public ?

Après tout, les marchandises n’ont pas le droit de vote et c’est bien heureux. En ce qui concerne les personnes, on conçoit facilement que la question d’organiser des solutions de déplacement tantôt plus efficaces, sûres, sobres ou abordables occupe les débats démocratiques. Pour les marchandises, cela ne va pas de soi.

La logistique n’est pas un service public. Les collectivités ne jouent pas le rôle d’autorité organisatrice et n’y injectent pas (ou très peu) d’argent public. Les approches reposant sur une analogie entre mobilité des personnes et des marchandises sont rarement fructueuses.

A la lumière du passionnant exercice conduit par TDIE sur le matériel de campagne de l’élection municipale 2026, l’écueil apparaît : traiter la logistique pour elle-même, comme si elle avait une fin en soi, ne fonctionne pas. Les quelques mesures s’intéressant isolément à un maillon de la logistique, si valeureux soit-il (tantôt la cyclologistique, tantôt le report modal…), laissent souvent l’impression de manquer de consistance.

C’est en prenant du recul que le sens de la logistique apparaît : les marchandises irriguent le fonctionnement de toute la société. Des restaurants aux commerces de proximité, du BTP à la livraison à domicile ou en point-relais, toutes ces activités nécessitent des étapes de transport et de stockage de marchandises. Elles sont largement opérées par des acteurs privés, mais elles intéressent aussi les acteurs publics (pensez aux approvisionnements de l’école, de l’hôpital ou des espaces verts !), et surtout elles utilisent l’espace public : camions, vélos, entrepôts… sont en concurrence avec d’autres usages. Et, pour emprunter le vocabulaire des économistes, elles engendrent tant des externalités positives (pour la vie économique, le confort, etc.) que négatives (pollution, congestion…) : trouver les bons équilibres est un parfait enjeu de politique publique, qui peut donner lieu à de véritables exercices démocratiques.

Pour le (futur) élu municipal, les leviers sont nombreux : agir sur les règles de circulation et de stationnement, numériser les arrêtés pour en faciliter l’appropriation par les entreprises, modifier le PLU pour planifier les espaces logistiques, soutenir le développement des modèles logistiques les plus vertueux (par exemple décarbonés), déployer les bornes électriques, mobiliser la commande publique pour mutualiser et réduire les flux, etc.

Les défis ne sont pas moindres : la logistique est éminemment transversale et ne peut relever d’une seule compétence (mobilité ou développement économique, par exemple). Elle est souvent intercommunale plus que communale. Et elle se prête mal aux solutions brutales : interdire les poids lourds est souvent une mauvaise idée (il faut bien nourrir la population de manière efficace), tout comme une absence totale de régulation serait néfaste (les véhicules ou les entrepôts n’ont pas vocation à exister n’importe où dans la ville).

Pour que la logistique accède au rang d’objet d’action publique municipale réfléchi et maîtrisé, la solution passe par la montée en compétence et par la concertation. Il faut saluer le travail considérable réalisé ces dernières années dans les municipalités et les intercommunalités à travers le territoire, à l’image de Nantes, Strasbourg, Paris, Lyon et tant d’autres, où des élus référents pour la logistique se sont affirmés et ont animé des espaces de dialogue avec les acteurs économiques.

Sans surprise ces territoires sont aussi là où les propositions logistiques étaient un peu plus nombreuses dans la campagne électorale, et s’attaquaient à des sujets aussi exigeants que le foncier logistique ou la décarbonation des flux.

Il ne faut probablement pas souhaiter que la logistique prenne une place majeure dans les campagnes électorales. Après tout, elle fonctionne déjà bien et s’adapte en permanence à l’évolution de la société : la logistique est davantage une solution qu’un problème. Souhaitons que les élus continuent de s’y former, et qu’ils saisissent tous les leviers qu’elle offre pour faire de leurs territoires des espaces conciliant vitalité économique et qualité de vie.

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